Mutation. Notre nom devient Artefact, vocable qui m'a été inspiré par un livre de Dick. Sous la pression de Maurice, Marc (jugé trop faible musicalement) est remplacé par Jean Paul Ruard, ancien chanteur du groupe Warm Gun. Celui-ci apporte un swing funky et un potentiel vocal plus étendu. Maurice invente le concept de hard-muzak, sorte de disko conceptuelle destinée à opérer une déprogrammation neuronale. Son slogan, 'Une chimiotérapie à l'Usage de Tous' est inspiré du constructivisme et de Science & Vie.

Notre logo représente un paquet de lessive atomique, sous l'influence croisée de Debord et de Dick. La cave de Nogent devient un laboratoire de chimères musicales, siège de manipulations génétiques où Gene Vincent rejoint la NASA (Be-Bop-A-Logic), Orwell le cha-cha-cha (Consommateurs), l'idéologie croise la disco (Internationale Disko) ou la guerre électronique (Irradieur Soviétique). James Brown se robotise (Sex Computer), le docteur Frankenstein découvre le cyber-sadisme (Massacre à l'Electrode), Freud rejoint la RAF (Sans Contrôle), et les terroristes détournent le système médiatique global (Brigade Interférences).

De manière générale, les compositions étaient réalisées à partir d'improvisations collectives, sur la traditionnelle base rythmique basse/batterie. Puis, Maurice adaptait un texte qui collait à la couleur du morceau. Le spectre très large d'inspiration reflétait à la fois les différences de goût et celles de personnalité des membres du groupe. Jean passait du disco bouffon au riffs heavy. Jean-paul pouvait incarner l'esprit du rockabilly comme celui de la sensualité et du swing funk. Maurice affichait clairement ses orientations cold et métal, avec un arrière-plan folk celtique. Pour ma part, je me reconnaissais dans l'ensemble de ces sensibilités, plus une prédisposition vers les rythmes africains. Claude Arto, collaborateur plus ponctuel, était le maître bruitiste.

Chacun de nous avait une place dans le travail commun, en fonction de son profil psychologique. Jean-paul était un compositeur naturel. Jean, qui aimait se déguiser en caricature de vendeur de savonnettes, était orienté vers le côté promo. Maurice, cérébral introverti, trifouillait ses cicatrices pour en livrer le jus obsessionnel. La part qui m'était dévolue, en tant qu'intuitif extraverti, consistait à transcender ces catégories, et générer des catalyses. Dans le but de réaliser les futurs clips du groupe, et après le tournage du film, j'étais en charge de l'image, prise aussi dans son sens général, l'harmonisation des différents ingrédients de notre 'recette'. Il m'arrivait le plus souvent de produire des idées les plus surréalistes possibles, que je transmettais à Maurice pour les développer. J'avais appelé mon film un 'reportage de fiction vécue', concept popularisé 25 ans plus tard sous l'appellation d'autofiction. Le projet musical d'Artefact était pour moi une transposition du travail de Stanley Kubrick au cinéma : le détournement de genre, ce que j'appelle l'échantillonnage conceptuel. De la même manière que le maître osait mettre une valse sur une station spatiale dans 2001, j'aimais coller l'image d'un robot avec celle d'Eddy Cochran à l'intérieur d'un morceau. Mais aussi de juxtaposer plusieurs de ces collages, totalement différents, à l'intérieur d'un même album. C'était relativement abstrait, et donc un peu intellos, mais à mon avis pas trop péteux.
AfficheArtefactChimio.jpg

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