Après cette 'mise au point', par journal interposé, sur ma façon de penser, Dantec continue son implosion. Ses tendances paranoiaques aidant (j'en sais trop sur ses mensonges), et la peur d'avoir à affronter un sérieux concurrent en la personne de son ex-ami va le mener jusqu'à l'agression physique. Pour moi, les conséquences ne tardent pas à se faire sentir. Me voici dans une situation kafkaienne : alors que j'ai été le premier à souffrir de ses délires mégalos, je suis devenu persona non grata au Québec, mis dans le même sac soufré que lui, alors que mes positions sont à l'opposé des siennes. SoYoungButSoCold_resize.jpg Pour en rajouter, en juin 2001, à moitié bourré, il me saute dessus au cours d'un vernissage, devant une foule médusée. Un copain, tentant de me défendre, se prend un coup de bouteille. Dantec se barre en hurlant. Le lendemain, je porte plainte... mais personne n'acceptera de témoigner contre un gars cinglé et célèbre comme lui ! C'est ici que commence sa période Célinienne, faite d'insultes gratuites et de racisme déclaré. Il menace la revue dans laquelle j'ai publié la critique de son livre. Quand je fais paraitre mon essai 'Le futur est Derrière Nous', qui reprend les théories développées à partir de mes notes pour le projet soi-disant commun du 'Théatre des Opérations', il envoie des courriels d'insultes aux journaux qui le critiquent (me traitant de macaroni, alors que sa femme est plus ritale que moi ! Mais il n'est pas à une contradiction près). Dévoré par ses différents démons : la traîtrise et la violence, comme dans cette soirée chez moi en 1975 ou, sous bad trip d'acide, il avait arraché mon affiche de Magma, dessinée par Druillet, en hurlant 'Le FEU !!!! l'ACIER !!!'
La 'légende' Dantec ?
Punk, il était le premier à se prendre des claques. C'est le genre à tomber malade sur l'autoroute dès le deuxième jour de notre périple au Maroc, pour se faire dorloter par les monitrices. C'est le 'guerrier' qui ne líche pas son joint dans sa paillote en thailande pendant que je crapahute en moto dans la jungle pour visiter les bordels. C'est le mec qui se blesse en jouant au foot avec des copines à la cambrousse, et qui n'est pas capable d'acheter un rouleau de pécul sans l'aide de sa femme. Alors, le voir poser en warrior, et jouer les matamores de la liberté d'expression tout en flirtant avec les crapules d'extrême droite est assez pathétique.

Tout cela est bien dommage, car il se détourne deSuicide2_resize.jpg l'ennemi réel, la clique de chiens galeux qui règnent sur la cocotte-minute gauloise, tous ces aristo-républicains qui n'ont jamais mis les pieds dans une cité. La voilà, la vraie racaille, corrompue à l'os, shootée aux privilèges.

Epilogue 3 : 30 ans plus tard, quatrième passage de la spirale.

On ne se parle plus depuis cinq ans. Il se terre dans son loft, avec vue sur l'immense crucifix trônant sur le sommet du Mont-Royal (l'équivalent du Central Park New-Yorkais). On habite à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, mais, Dieu merci, on se croise rarement.
Jusqu'au jour - ou plutôt une nuit- ou le fantôme de Jean Ternisien vient me 'visiter' en rêve. Plus tard, Clode m'annonce que les morceaux de Mathématiques Modernes repassent à la radio. Suicide vient de jouer à Montréal. Il semble que les groupes techno, lassés des sons purement électroniques, se mettent à réintroduire des instruments traditionnels, retrouvant par là le même genre de sonorités que nous avions inventés. Le 'gros son' des vieux synthés analogues est revenu à la mode. Un Korg MS-20 -comme celui avec lequel Jacno a enregistré Rectangle- qui trainait dans les poubelles et dont personne ne voulait quelques années plus tôt, est devenu furieusement vintage et se négocie à des prix faramineux.